rubon70Nous sommes si souvent confrontés à des affaires pour lesquelles on a le sentiment que tout est fait pour protéger des élus en place, que nous pouvons bien saluer pour une fois ce qui nous semble être un fonctionnement normal du Parquet, dépendant du Ministère de la Justice.

Car en effet, c’est à la suite de la première plainte d’une adhérente d’Anticor, en tant que Présidente d’une association locale citoyenne, déposée en novembre dernier, suivie une semaine plus tard de la demande d’ouverture d’une enquête de la part d’élus minoritaires de la commune de Mandelieu (06), que le Procureur de la République de Grasse a décidé d’ouvrir fin décembre une enquête préliminaire concernant Henri Leroy, le Maire UMP de Mandelieu-La Napoule (20 600 habitants) et Vice-Président du Conseil général des Alpes-Maritimes. Et pourtant cette plainte, comme ce signalement des élus, ne contiennent aucune preuve, mais simplement un faisceau de suspicions légitimes et troublantes, que seule une enquête judiciaire bien menée peut transformer en éléments de preuves éventuels. Le Procureur de la République a donc considéré que c’était sa mission de traiter ce cas comme celui de tout citoyen, bien qu’il s’agisse d’un des principaux élus du département.

De quoi s’agit-il ? Henri Leroy possèderait 5 % des parts de IDES Infor, société conseil en informatique de Nanterre (92), son fils 65 % et sa belle-fille 29 %. Selon la presse locale, cette société a vu son chiffre d’affaires passer de 800 000 euros en 2005 à 8 millions d’euros en 2010. Or il se trouve que plusieurs très grosses entreprises ont obtenu de la commune dont il est Maire des marchés publics importants ou des accords favorables, et que ces entreprises s’avèrent être parallèlement clientes de cette société dont le Maire et sa famille proche possèderaient 99 % des parts. Il s’agirait, selon la plainte, de Veolia, Lyonnaise des eaux, JC Decaux, AXA Assurances, Pierre et Vacances, ACCOR, Casino… L’enquête devrait donc permettre de comprendre si de telles sociétés avaient réellement besoin des services de cette société conseil, et surtout si la date à laquelle elles en sont devenues clientes est liée à la date de passation des marchés publics ou des accords favorables avec la ville. Auquel cas, la question de la prise illégale d’intérêts serait franchement posée pour le Maire.

Mais quel qu’en soit le résultat, et sans oublier la nécessaire présomption d’innocence pour Henri Leroy – pour l’anecdote frère de Charles Villeneuve, ancien producteur-présentateur de TF1 (“Le droit de savoir”) -, il est tout à fait légitime de s’interroger sur le fait qu’une société privée appartenant au Maire et à sa famille proche ait des liens économiques directs avec les bénéficiaires d’accords ou de marchés publics avec la commune qu’il dirige.

L’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet de Grasse paraît donc on ne peut plus logique. Il est malheureusement dommage qu’en France, cette logique ne soit pas toujours au rendez-vous lorsque de telles plaintes justifiées, concernant des élus importants, sont adressées aux Procureurs de la République…