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Le système de la « réserve parlementaire » permet aux députés et aux sénateurs de faire allouer des crédits de l’État à des projets communaux ou à des personnes morales de droit privé (associations, fondations…) ayant des activités d’intérêt général. Elle s’élève à 150 millions d’euro par an. En 2010, les Alpes-Maritimes ont touché 1 657 628 euros.

Interrogés par Nice-Matin, les parlementaires des Alpes-Maritimes ont « accepté de nous dévoiler ce qu’ils font de leur propre réserve »…

En réalité, ils ne sont que 8 sur 14 à avoir véritablement donné les montants et les bénéficiaires précis : Christian Estrosi (UMP), Jean Leonetti (UMP), Lionnel Luca (UMP), Colette Guidicelli (UMP), Jean-Pierre Leleux (UMP), Louis Nègre (UMP), Rudy Salles (UDI) et Marc Daunis (PS). Qu’ils en soient félicités !

À la lecture de leur déclaration, on découvre quelques anomalies. Ainsi, deux députés n’ont visiblement pas compris que notre République était laïque. Les contribuables français seront certainement ravis d’apprendre que, grâce à Lionnel Luca, ils financent l’Association pour les édifices et objets religieux vençois et l’Association paroissiale Saint-Bernard. De même, par l’entremise de Rudy Salles, tout le monde contribue au développement des Radios Chrétiennes de France, de la radio Chalom Nitsan, de l’association Soutien et Aide aux Malades Israélites de Nice, du Département Éducatif de la Jeunesse Juive et de l’Association Familiale Catholique Nice-Nord !

On s’étonnera également que Lionnel Luca ait jugé utile d’aider « le champion de voile Stéphane Christidis qui, après son échec aux Jeux olympique de Pékin, n’avait plus aucun sponsor ». De même, Rudy Salles a choisi de donner un coup de pouce à « Passion Automobiles ». À l’évidence, les priorités de nos élus ne sont pas toujours en adéquation avec les besoins de la population…

Mais le plus surprenant est que Jean-Pierre Leleux soit le seul parlementaire à s’insurger contre le principe même de cette réserve parlementaire : « Je ne trouve pas très normal que nous bénéficions de cette réserve. […] Je ne suis pas surpris que cette réserve soit perçue par certains comme clientéliste. » Ce sénateur a pourtant bien raison…

Ce système est, en effet, par essence clientéliste. Les députés peuvent ainsi arroser les associations de leur circonscription (à l’image de ce que fait Rudy Salles qui favorise pas moins de 78 associations sur son territoire électoral !) [1]. De même, les sénateurs peuvent aider financièrement les maires… qui sont également ceux qui votent aux élections sénatoriales !

La réserve parlementaire n’est donc ni plus ni moins que du clientéliste institutionnalisé, parfaitement incompatible avec une démocratie vertueuse.

[1] Notons néanmoins le choix judicieux du député Jean Leonetti qui « ne souhaite pas financer des associations pour lesquelles la traçabilité des fonds est moins évidente que celle des projets communaux qui font l’objet d’une délibération en conseil municipal ».